Langue française

Ces pléonasmes mondains qui trahissent votre langage

Publié le 12 juin 2026 · Lecture : 6 minutes

Livre ancien ouvert et stylo plume sur un bureau élégant

Il suffit parfois de deux mots superflus pour donner à une phrase une allure négligée. Les pléonasmes passent souvent inaperçus dans la conversation, mais ils révèlent une habitude de langage que l’oreille exercée ne manque pas de relever.

Le pléonasme consiste à employer, dans une même expression, deux termes dont le sens se recouvre en partie. Il n’est pas toujours fautif : la littérature et la rhétorique savent l’utiliser pour insister, émouvoir ou donner du relief à une idée. Mais dans une conversation professionnelle, un dîner ou une lettre soignée, certains pléonasmes affaiblissent la précision du propos. L’élégance, en matière de langue comme de savoir-vivre, tient souvent à l’art de ne pas en faire trop.

Quand la redondance devient maladresse

Les pléonasmes les plus courants sont rarement prononcés par ignorance. Ils naissent plutôt de l’automatisme, de la volonté de préciser trop vite ou de l’influence du langage administratif. À force d’être entendues, certaines formules finissent par sembler parfaitement naturelles.

« Prévoir à l’avance » : prévoir signifie déjà envisager quelque chose avant qu’il ne se produise. Préférez « prévoir » ou « anticiper ».

« Monter en haut » et « descendre en bas » : les adverbes sont inutiles. « Monter » et « descendre » suffisent.

« Collaborer ensemble » : collaborer implique une action menée avec d’autres. Dites simplement « collaborer ».

Dans un échange mondain, ces expressions ne provoquent évidemment aucun scandale. Elles donnent toutefois à la phrase une pesanteur dont on peut aisément se défaire. Comme le rappelait La Rochefoucauld à propos de l’amour-propre, nous cherchons souvent à renforcer notre pensée alors qu’un mot juste aurait davantage d’autorité.

Les pléonasmes que l’on entend partout

Certains tours sont si répandus qu’ils se glissent dans les discours les plus sérieux. Les repérer permet d’affiner son expression sans tomber dans une chasse tatillonne aux fautes. Une langue élégante n’est pas une langue qui corrige tout le monde : c’est une langue qui choisit avec discernement.

La formule « au jour d’aujourd’hui » mérite une attention particulière. Elle est fréquente dans les réunions, les interviews et les courriers professionnels, mais elle alourdit considérablement la phrase. « Aujourd’hui, notre priorité est… » possède davantage de rythme et d’assurance. Une expression concise ne paraît pas moins courtoise ; elle témoigne au contraire d’une pensée ordonnée.

Dans un jardin, cette même attention aux mots accompagne volontiers l’observation patiente des saisons : savoir quand cueillir des framboises, où trouver les meilleurs fruits et comment les détacher sans les abîmer relève d’un geste précis, presque cérémonieux. Horizon Habitat rappelle ainsi, dans un guide consacré à la cueillette de framboises, que le bon moment et la délicatesse du geste comptent autant que l’abondance de la récolte.

Pléonasme fautif ou effet de style ?

Il serait pourtant injuste de condamner toute répétition. La langue française possède des pléonasmes expressifs, employés volontairement pour créer une intensité. « Je l’ai vu de mes propres yeux » insiste sur le témoignage direct ; « je l’ai entendu de mes oreilles » donne à la parole une force presque solennelle. Dans ces cas, la redondance n’est pas une maladresse : elle produit un effet.

La littérature classique en offre de nombreux exemples. Le redoublement peut traduire l’émotion, la colère ou l’évidence. Il devient alors une figure de style, proche de l’insistance oratoire. Tout dépend donc de l’intention et du contexte : dans une conversation familière, « descendre en bas » peut passer inaperçu ; dans une lettre formelle, il vaut mieux préférer la sobriété.

Une règle simple pour décider

Posez-vous une question : le second mot apporte-t-il une nuance véritable ? S’il précise le lieu, le temps ou l’intensité, il peut être utile. S’il ne fait que répéter exactement ce que le premier terme contient déjà, supprimez-le. Cette méthode suffit à corriger la plupart des automatismes.

Parler avec précision, sans raideur

La recherche d’un français élégant ne doit pas conduire à une expression affectée. Remplacer chaque mot courant par un terme rare ou reprendre publiquement les erreurs d’autrui produit souvent l’effet inverse de celui recherché. La véritable distinction repose sur la mesure : comprendre la règle, puis savoir quand elle mérite d’être appliquée.

Avant une présentation, un courriel important ou une prise de parole, relisez vos phrases en traquant les répétitions. Demandez-vous si « totalement achevé », « une courte synthèse résumée » ou « un projet futur » peuvent être simplifiés. Ces corrections sont discrètes, mais elles donnent au discours une ligne plus claire.

Le langage est une manière de se tenir parmi les autres. Il révèle l’attention que l’on porte à son interlocuteur, comme une invitation bien formulée ou une table dressée avec soin. Pour prolonger cette culture de la justesse, découvrez d’autres conseils sur notre page d’accueil, consacrée à la langue, au savoir-vivre et à la culture générale.

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