Checklist des pléonasmes : 12 pièges à débusquer
En matière d’expression, le pléonasme est un ornement qui se prend trop volontiers pour une nécessité. Il donne parfois une impression d’insistance, mais il affaiblit souvent la phrase en y ajoutant des mots redondants. À la manière des moralistes classiques, mieux vaut viser la justesse que l’emphase : une langue nette inspire davantage de confiance qu’une formule trop chargée.
Cette checklist des pléonasmes vous aidera à repérer les habitudes les plus fréquentes, celles qui se glissent dans la conversation comme dans les écrits les plus soignés. Pour cultiver une parole précise et élégante, découvrez aussi tous nos services sur notre page d'accueil.
Le bon réflexe consiste moins à traquer chaque répétition mécanique qu’à discerner ce qui alourdit réellement le sens. Un mot n’est pas fautif parce qu’il se répète : il l’est lorsqu’il n’apporte rien de plus. C’est toute la différence entre la précision et l’abondance.
1. Les 12 pièges les plus courants
- « Monter en haut » / « descendre en bas » Monter implique déjà un mouvement vers le haut, descendre vers le bas. Il suffit donc de dire monter ou descendre. Cette économie de mots rend la phrase plus élégante et plus ferme.
- « Prévoir à l’avance » Prévoir, c’est anticiper. L’expression ajoute une précision inutile, comme si l’on pouvait prévoir après coup. Mieux vaut dire simplement prévoir ou anticiper.
- « Collaborer ensemble » Collaborer signifie travailler ensemble. Le complément ne fait que répéter l’idée déjà contenue dans le verbe. Dans une phrase soignée, la concision est souvent un signe de maîtrise.
- « Tri sélectif » Le tri est, par essence, une opération de sélection. L’usage a consacré cette formule, mais elle reste pléonastique. Selon le contexte, on peut préférer tri, collecte ou séparation des déchets.
- « Petite broutille » Une broutille est déjà une chose insignifiante. L’adjectif petite n’ajoute rien au sens, sinon un effet de langage familier. Pour une expression plus pure, gardez broutille.
- « Au jour d’aujourd’hui » Cette tournure multiplie les repères temporels sans gagner en précision. Aujourd’hui suffit amplement. La formule, souvent moquée, rappelle qu’un effet d’insistance peut vite tourner à la lourdeur.
- « Voire même » Voire signifie déjà « et même ». Ajouter même revient donc à répéter la même idée sous deux formes. Un seul de ces mots suffit, selon le degré d’insistance souhaité.
- « Répéter de nouveau » Répéter comporte déjà l’idée de recommencer. La redondance se remarque d’autant plus dans une consigne ou un compte rendu. Préférez répéter ou dire de nouveau, selon le sens exact.
- « S’avérer vrai » S’avérer signifie se révéler exact ou juste. Adjoindre vrai est donc superflu. On dira plus volontiers : cela s’avère ou cela est vrai.
- « Panacée universelle » La panacée est déjà censée guérir tous les maux. L’adjectif universelle répète la portée totale du mot. Ce pléonasme est fréquent dans les discours emphatiques, où la nuance s’efface derrière la grandiloquence.
- « Numéro de téléphone » Ici, la formule n’est pas fautive au sens strict, mais elle peut devenir redondante lorsque le contexte ne laisse aucun doute. Dire numéro suffit souvent. La langue de tous les jours autorise ces raccourcis sans sacrifier la clarté.
- « Au préalable avant » Le préalable est déjà ce qui vient avant. L’ajout de avant alourdit inutilement la phrase. Une écriture soignée préfère la précision discrète à l’accumulation.
2. Le piège du style : quand la redondance se fait élégance
Tous les pléonasmes ne se valent pas. Certains sont volontaires, presque littéraires, lorsqu’ils servent une cadence, une émotion ou une insistance mesurée. Mais dans la plupart des contextes, notamment administratifs, académiques ou professionnels, l’excès donne une impression de relâchement. La clarté, comme le rappelait l’esprit des classiques, n’est jamais une faiblesse : elle est une marque de distinction.
Les mots inutiles se glissent surtout lorsque l’on veut être plus précis, plus complet ou plus prudent. Dans un billet multi-destination, on cherche souvent à simplifier les étapes et à éviter les détours ; en français, il en va de même : la phrase la plus nette est souvent la plus élégante. Avant de valider un texte, demandez-vous toujours si chaque mot ajoute réellement quelque chose.
3. La méthode la plus sûre pour les repérer
Une relecture attentive suffit souvent à faire tomber les répétitions les plus évidentes. Voici quelques réflexes utiles :
- Supprimez mentalement un mot sur deux dans les tournures trop longues : si le sens reste intact, l’un des termes est sans doute en trop.
- Repérez les expressions de renforcement automatique, notamment avec même, ensemble, avance ou auparavant.
- Faites confiance au dictionnaire : il rappelle souvent le sens exact d’un verbe ou d’un nom déjà complet par lui-même.
- Relisez à voix haute : l’oreille détecte parfois ce que l’œil laisse passer.
Cette discipline du mot juste n’a rien d’austère. Elle relève au contraire d’un certain art de vivre : parler avec mesure, écrire avec tact, laisser à chaque terme la place qui lui revient. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles tant de lecteurs apprécient les articles de Règle de Savoir : une langue bien tenue est le reflet d’un esprit bien ordonné.
4. En guise de conclusion : la sobriété, signe d’assurance
La tentation du pléonasme naît souvent d’un désir de convaincre. Or, en français comme en société, la démonstration la plus convaincante est rarement la plus bruyante. À l’inverse, une formulation claire, sans surcharge, possède cette autorité calme que l’on associe volontiers à la vraie distinction.
Gardez donc cette règle simple : si deux mots disent la même chose, choisissez celui qui exprime le mieux votre intention. Vous y gagnerez en précision, en élégance et en crédibilité. Et si vous souhaitez prolonger cette réflexion sur la langue, les manières et la culture classique, notre univers éditorial vous attend sur l'accueil.