Comment reconnaître un pléonasme sans le savoir vraiment
Le pléonasme fait partie de ces curiosités de la langue française que l’on emploie parfois avec assurance, souvent sans s’en rendre compte. Il se glisse dans une phrase banale, donne l’impression d’insister, puis révèle soudain une répétition inutile. Pourtant, tous les pléonasmes ne sont pas des fautes grossières : certains relèvent du style, d’autres de l’usage, d’autres encore d’une simple distraction.
Reconnaître un pléonasme, ce n’est donc pas seulement traquer les expressions maladroites. C’est apprendre à écouter le sens des mots. Quand deux termes disent la même chose, ou quand l’un contient déjà l’idée exprimée par l’autre, il y a de fortes chances qu’un pléonasme se soit invité dans la phrase.
Qu’est-ce qu’un pléonasme exactement ?
Un pléonasme est une expression qui associe deux mots ou groupes de mots dont les sens se répètent. On ajoute une information qui est déjà présente, explicitement ou implicitement. L’exemple classique est « monter en haut » : le verbe « monter » indique déjà un mouvement vers le haut. Le complément ne fait que redire ce que le verbe contient.
De la même manière, « descendre en bas », « prévoir à l’avance », « un petit détail » ou « répéter encore » sont souvent cités comme des pléonasmes. Dans chacun de ces cas, un mot ajoute une précision qui paraît logique à l’oral, mais qui devient redondante dès qu’on analyse la phrase.
Le plus intéressant, c’est que le pléonasme n’est pas toujours visible au premier regard. Il ne se présente pas comme une erreur d’orthographe ou de conjugaison. Il ressemble plutôt à une évidence. C’est précisément pour cette raison qu’il passe inaperçu dans les conversations, les courriels, les articles et même les discours officiels.
Le réflexe simple pour le repérer
Pour reconnaître un pléonasme, posez-vous une question très simple : si je supprime l’un des mots, le sens change-t-il vraiment ? Si la réponse est non, la phrase contient peut-être une répétition inutile.
Prenons la phrase : « Elle a collaboré ensemble avec son collègue. » Le verbe « collaborer » signifie déjà travailler avec quelqu’un. Le mot « ensemble » devient donc superflu. On peut écrire : « Elle a collaboré avec son collègue » ou « Ils ont travaillé ensemble ». Les deux formulations sont plus nettes.
Autre exemple : « Il faut d’abord commencer par lire la consigne. » Le verbe « commencer » implique déjà une première étape. « D’abord » renforce inutilement cette idée, même si l’expression peut sembler naturelle. Une phrase plus élégante serait : « Il faut commencer par lire la consigne. »
Astuce pratique : relisez votre phrase en retirant le mot qui semble insister. Si la phrase conserve exactement le même sens, vous avez probablement trouvé un pléonasme.
Pourquoi en faisons-nous sans le vouloir ?
Les pléonasmes naissent souvent d’un désir de clarté. À l’oral, nous voulons être compris immédiatement. Nous ajoutons donc des mots pour renforcer une idée : « sortir dehors », « entrer dedans », « revenir en arrière ». Ces expressions ont une force imagée, presque gestuelle. Elles accompagnent le mouvement de la pensée.
La langue parlée tolère davantage ces redondances, car elle fonctionne avec le rythme, l’intonation et le contexte. À l’écrit, en revanche, la répétition devient plus visible. Elle peut alourdir la phrase et donner une impression de négligence. C’est pourquoi les pléonasmes sont particulièrement surveillés dans les textes professionnels, scolaires ou journalistiques.
Pour progresser, il est utile de consulter des ressources consacrées aux langues et à leurs usages. Des plateformes pédagogiques comme LinguiSphere permettent justement de développer une attention plus fine aux nuances linguistiques, qu’il s’agisse de vocabulaire, de grammaire ou de style.
Les pléonasmes les plus fréquents
Certains pléonasmes reviennent si souvent qu’ils finissent par paraître corrects. Les repérer une fois suffit rarement : il faut les croiser plusieurs fois pour que l’oreille commence à les signaler automatiquement.
- « Au jour d’aujourd’hui » : formule très redondante, car « aujourd’hui » signifie déjà « au jour de ce jour ».
- « Un monopole exclusif » : un monopole est, par nature, une situation d’exclusivité.
- « S’avérer vrai » : le verbe « s’avérer » signifie se révéler exact, même si l’usage moderne l’a parfois assoupli.
- « Une panacée universelle » : la panacée désigne déjà un remède supposé guérir tous les maux.
- « Opposer son veto » : le veto est déjà une opposition formelle.
Ces exemples montrent que le pléonasme peut se cacher dans des expressions très courantes. Il ne dépend pas seulement de mots simples comme « haut » ou « bas » ; il peut aussi apparaître dans un vocabulaire plus soutenu.
Pléonasme fautif ou effet de style ?
Tous les pléonasmes ne doivent pas être bannis. En littérature, en poésie ou dans un discours expressif, la répétition peut produire un effet volontaire. Elle peut souligner une émotion, donner du relief à une image ou créer un rythme. Dire « je l’ai vu, de mes propres yeux » est techniquement redondant, mais l’expression insiste sur le témoignage direct.
On parle alors de pléonasme stylistique. La redondance n’est plus une maladresse ; elle devient un choix. La différence tient à l’intention. Si l’auteur répète sans s’en rendre compte, la phrase paraît lourde. S’il répète pour renforcer une idée, l’effet peut être parfaitement légitime.
Comment faire la différence ?
Observez le contexte. Dans un contrat, un devoir ou un article informatif, mieux vaut privilégier la précision et éviter les doublons. Dans un récit, une chronique ou un dialogue, certains pléonasmes peuvent rendre la phrase plus vivante. L’enjeu n’est donc pas d’appliquer une interdiction mécanique, mais de choisir consciemment.
Une méthode en trois étapes pour écrire plus juste
La première étape consiste à repérer les mots de mouvement, de temps et d’intensité. Les verbes comme « monter », « descendre », « sortir », « entrer », « commencer », « prévoir » ou « répéter » contiennent déjà beaucoup d’informations. Ils attirent naturellement les compléments redondants.
La deuxième étape est de reformuler. Si vous écrivez « reculer en arrière », essayez simplement « reculer ». Si vous écrivez « ajouter en plus », choisissez « ajouter » ou « en plus », mais pas les deux. Cette économie donne de l’élégance au texte.
La troisième étape est de relire à voix haute. Le pléonasme s’entend souvent mieux qu’il ne se voit. Une phrase trop appuyée, trop insistante, trop chargée de précisions évidentes mérite d’être allégée.
Conclusion : reconnaître, puis choisir
Reconnaître un pléonasme, c’est développer une forme de vigilance douce envers la langue. Il ne s’agit pas de condamner chaque répétition, mais de comprendre ce qu’elle produit. Certaines redondances affaiblissent la phrase ; d’autres lui donnent une couleur particulière.
La bonne question n’est donc pas seulement : « Est-ce un pléonasme ? » mais plutôt : « Cette répétition sert-elle mon propos ? » Si elle ne sert à rien, supprimez-la. Si elle apporte une nuance, une insistance ou un rythme, gardez-la en connaissance de cause. Pour d’autres conseils sur les subtilités du français, vous pouvez revenir à l’accueil de Règle de savoir et poursuivre votre exploration des usages qui rendent l’écriture plus précise.