Les pléonasmes qui trahissent votre maîtrise du français
Certaines expressions semblent naturelles parce qu’elles appartiennent depuis longtemps à notre conversation. Pourtant, elles répètent parfois une idée déjà contenue dans un mot. Ce sont les pléonasmes : souvent anodins, parfois savoureux, mais toujours révélateurs de notre rapport à la précision.
La langue française n’exige pas que chaque phrase soit sèche ou dépouillée. La répétition peut avoir une fonction expressive, comme dans « je l’ai vu, de mes propres yeux ». Mais, dans un écrit professionnel ou une conversation soignée, le pléonasme involontaire alourdit la pensée. Il donne l’impression que l’on cherche à renforcer une idée qui se suffit à elle-même.
Qu’est-ce qu’un pléonasme ?
Un pléonasme consiste à employer plusieurs mots dont le sens se recoupe. Dans « monter en haut », le verbe monter indique déjà un mouvement vers un niveau supérieur. De même, prévoir signifie littéralement « voir à l’avance » : écrire « prévoir à l’avance » revient donc à redoubler la même notion.
Il faut toutefois distinguer le pléonasme fautif du pléonasme stylistique. Les écrivains utilisent parfois la répétition pour produire un effet de rythme, d’insistance ou d’émotion. La formule « je l’ai entendu de mes propres oreilles » peut ainsi souligner la certitude du locuteur. La faute ne réside pas dans la répétition en elle-même, mais dans son emploi machinal et inutile.
Les pléonasmes les plus courants
« Monter en haut » et « descendre en bas »
Ces deux expressions sont probablement les plus connues. Il suffit de dire monter ou descendre. Si l’on souhaite préciser la destination, on pourra employer « monter au premier étage » ou « descendre au sous-sol ». La phrase gagne aussitôt en netteté.
« Prévoir à l’avance »
Le verbe prévoir contient déjà l’idée d’anticipation. Préférez « prévoir les conséquences » ou « anticiper les conséquences ». En revanche, « planifier à l’avance » peut se défendre dans certains contextes, car planifier signifie organiser, et non nécessairement accomplir avant le moment prévu.
« Au jour d’aujourd’hui »
Cette formule additionne trois fois la notion de présent : au jour, d’hui et aujourd’hui. Dans un style élégant, aujourd’hui suffit. Pour un registre plus soutenu, « à ce jour » ou « actuellement » conviennent également.
« Collaborer ensemble »
Collaborer signifie travailler avec d’autres personnes. Le mot ensemble n’est donc pas nécessaire : « les deux équipes collaborent » est parfaitement clair. On pourra conserver « travailler ensemble », puisque le verbe travailler ne contient pas, à lui seul, l’idée de coopération.
« Une première priorité » et « voire même »
Une priorité est, par définition, ce qui vient avant le reste. Écrivez plutôt « une priorité » ou « une priorité absolue », selon le sens recherché. De même, voire signifie « et même » : « voire même » répète donc une idée déjà présente. Dans un texte soigné, « voire » suffit.
- « Sortir dehors » devient simplement « sortir » ;
- « S’avérer vrai » devient « s’avérer » ou « se révéler vrai » ;
- « Un monopole exclusif » devient « un monopole » ;
- « Une panacée universelle » devient « une panacée » ;
- « Un hasard imprévu » devient « un hasard » ou « un événement imprévu ».
La précision, une forme de politesse
Dans la conversation comme dans l’écriture, choisir le mot juste est une attention portée à son interlocuteur. Une phrase débarrassée de ses lourdeurs se comprend plus vite et laisse davantage de place à l’idée. Cette exigence n’a rien d’un purisme mondain : elle relève d’une discipline de l’esprit.
Lorsqu’un texte décrit un lieu ou une expérience, cette économie des mots devient particulièrement précieuse. Un récit de voyage, par exemple, gagne à distinguer l’essentiel du décor redondant : pour préparer un séjour et comprendre l’âme d’une ville, il vaut mieux privilégier des observations précises sur les quartiers, le patrimoine et les usages locaux. Visiter Nice, c’est aussi apprendre à regarder avec justesse la rencontre entre architecture, lumière méditerranéenne et art de vivre.
Cette vigilance permet de donner à chaque phrase son relief. Elle s’accorde avec ce que La Rochefoucauld rappelait à sa manière : l’élégance tient souvent moins à l’abondance qu’à la mesure. En français, la sobriété n’est pas une pauvreté ; elle est une marque de maîtrise.
Faut-il bannir tous les pléonasmes ?
Non. La langue vivante ne se réduit pas à une liste d’interdictions. Certaines répétitions sont consacrées par l’usage et apportent une force réelle. « Descendre en bas » peut, dans une conversation familière, insister sur le mouvement ou éviter une ambiguïté de contexte. « De ses propres mains » souligne quant à lui la participation personnelle.
La règle la plus sûre consiste à examiner l’intention. Si la répétition crée une image, une insistance ou un effet de rythme, elle peut être conservée. Si elle résulte d’une habitude et n’apporte aucune information, mieux vaut la supprimer. Un français irréprochable n’est pas un français figé : c’est un français conscient de ses choix.
Une méthode simple pour progresser
Pour repérer vos pléonasmes, relisez vos courriels après quelques minutes de pause. Surlignez les groupes de mots qui semblent redondants, puis vérifiez leur définition dans un dictionnaire. Vous développerez ainsi un réflexe précieux : avant d’ajouter un adverbe ou un complément, vous vous demanderez ce que le mot principal signifie déjà.
Cette attention rejoint les autres formes d’élégance que nous cultivons : savoir écouter, recevoir avec tact, citer une œuvre à propos ou respecter la mesure dans une conversation. Découvrez d’ailleurs d’autres réflexions sur la langue, les bonnes manières et la culture sur notre page d’accueil.
Parler avec distinction ne consiste donc pas à multiplier les termes rares. Il s’agit plutôt de choisir des mots exacts, de respecter leur sens et de laisser la pensée respirer. C’est dans cette sobriété maîtrisée que le français révèle toute sa grâce.