Langue française · Élégance du discours
Ces pléonasmes mondains qui trahissent votre français
Il existe des fautes qui heurtent immédiatement l’oreille, et d’autres qui se glissent dans la conversation avec une élégance trompeuse. Le pléonasme appartient à cette seconde catégorie. Il consiste à répéter, dans une expression, une idée déjà contenue dans un mot : une redondance souvent anodine, parfois volontaire, mais qui devient maladroite lorsqu’elle échappe à celui qui la prononce.
Dans un échange mondain, professionnel ou épistolaire, ces petites répétitions peuvent donner une impression d’imprécision. Or la véritable distinction ne réside pas dans l’emploi de termes rares, mais dans la justesse de la formulation. Voici les pléonasmes les plus courants à reconnaître — et les moyens simples de les corriger.
Quand le mot dit déjà tout
Le pléonasme naît souvent d’un réflexe de renforcement. On ajoute un adverbe ou un adjectif pour insister, alors que le verbe contient déjà cette nuance. À l’oral, cette habitude passe parfois inaperçue ; à l’écrit, elle alourdit immédiatement la phrase.
« Prévoir à l’avance »
Prévoir signifie déjà « envisager par avance ». Dire que l’on va « prévoir à l’avance » revient donc à annoncer une anticipation anticipée. Préférez « prévoir » ou « anticiper » : « Nous devons prévoir les éventuelles difficultés » suffit parfaitement.
« Au jour d’aujourd’hui »
Voici un classique particulièrement répandu. Le mot « aujourd’hui » contient déjà l’idée du jour présent, issue historiquement de « au jour de hui ». La formule élégante est donc simplement « aujourd’hui » ou, dans un registre plus soutenu, « à ce jour ».
« Descendre en bas » et « monter en haut »
Ces expressions sont familières et ne constituent pas toujours une faute grave dans la conversation courante. Elles demeurent néanmoins inutiles : descendre implique le mouvement vers le bas, monter celui vers le haut. Dans une prise de parole soignée, dites « descendre » ou « monter », sans ajouter de direction superflue.
Les redondances qui se donnent des airs distingués
Certains pléonasmes paraissent plus raffinés parce qu’ils appartiennent au langage administratif, médiatique ou professionnel. Leur fréquence ne les rend pas plus justes. Au contraire, une expression précise se remarque par sa sobriété.
- « Un monopole exclusif » : un monopole est, par définition, exclusif. Dites « un monopole ».
- « Une alternative possible » : une alternative désigne déjà une possibilité ou un choix. Préférez « une alternative » ou « une solution possible » selon le sens.
- « Collaborer ensemble » : collaborer signifie travailler avec d’autres. Écrivez ou dites « collaborer ».
- « Une panacée universelle » : une panacée est un remède censé tout guérir. « Panacée » suffit.
- « Un faux prétexte » : un prétexte est déjà une raison invoquée pour en dissimuler une autre. Dans la plupart des cas, « prétexte » convient.
- « Une première priorité » : une priorité est ce qui passe avant le reste. Employez « priorité » ou « première urgence ».
Il faut toutefois distinguer le pléonasme fautif du pléonasme stylistique. La littérature et la rhétorique savent exploiter la répétition pour créer une émotion ou une insistance. « Je l’ai vu, de mes propres yeux », dans certains contextes, souligne la certitude du témoin. Le problème n’est donc pas la répétition en elle-même, mais son caractère involontaire et inutile.
« La politesse de l’esprit consiste à penser des choses honnêtes et délicates. » — La Rochefoucauld
Le langage mondain : précision plutôt que prétention
Dans les dîners, les réunions ou les correspondances, la recherche d’un ton distingué conduit parfois à empiler les mots. On croit donner du relief à sa pensée en ajoutant « totalement », « entièrement », « absolument » ou « véritablement » à des termes qui portent déjà la même idée. Cette inflation verbale produit l’effet inverse de celui recherché : elle attire l’attention sur la forme et affaiblit le propos.
Une règle simple peut guider votre vigilance : relisez chaque groupe de mots et demandez-vous si l’un d’eux pourrait disparaître sans modifier le sens. Si la réponse est oui, supprimez-le. Le style gagne alors en netteté, et la parole en autorité.
Cette attention aux détails s’étend naturellement à toutes les expériences où l’on souhaite recevoir avec tact : choisir une adresse, présenter un lieu ou raconter une sortie demande le même sens de la mesure. Maranna explore justement ces moments de vie avec un regard curieux, entre art de la table, découvertes urbaines et loisirs singuliers.
Quelques réflexes pour parler avec élégance
La correction du pléonasme ne doit pas devenir une chasse anxieuse à la moindre répétition. Il s’agit plutôt d’affiner son oreille et de cultiver une expression claire. Trois habitudes y contribuent particulièrement :
- Lire des auteurs exigeants : les classiques enseignent la précision par le rythme et la construction des phrases.
- Écouter sa propre formulation : à voix haute, les répétitions inutiles deviennent souvent évidentes.
- Préférer le mot juste au mot prestigieux : un terme simple et exact vaut mieux qu’une périphrase compliquée.
Vous pouvez également tenir une petite liste personnelle des expressions que vous employez machinalement. « Comme par exemple », « voire même » et « repartir de nouveau » y figureront probablement. Dans « par exemple », l’idée d’illustration est déjà complète ; « voire » signifie « et même » ; « repartir » contient déjà le retour à un point de départ. Les corrections sont donc respectivement « comme », « voire » et « repartir », selon le contexte.
Enfin, gardons-nous d’un purisme excessif. La langue française vit, se transforme et accepte parfois des tournures expressives. La véritable élégance consiste à savoir ce que l’on dit, pourquoi on le dit et dans quel registre. Un pléonasme délibéré peut servir l’ironie ; un pléonasme inconscient révèle simplement une habitude à corriger.
Pour prolonger cette attention portée aux mots, découvrez les autres réflexions de notre page d’accueil, consacrées au savoir-vivre, à la culture générale et aux subtilités du français. Car parler avec distinction ne signifie jamais parler davantage : c’est choisir avec soin ce qui mérite d’être dit.