Langue française
Pléonasmes : 5 idées reçues sur les fautes de français
Le pléonasme a mauvaise réputation. On le dénonce volontiers comme une faute grossière, alors qu’il peut aussi servir le rythme, l’insistance ou la clarté d’une phrase. Pour parler et écrire avec justesse, encore faut-il distinguer la répétition maladroite de la figure de style.
Le mot vient du grec pleonasmós, qui signifie « surabondance ». Il désigne l’emploi de termes dont le sens se recoupe en partie : dans « monter en haut », le verbe monter contient déjà l’idée d’élévation. Mais la langue n’est pas un tribunal où chaque mot superflu mérite condamnation. Comme souvent en matière de style, l’intention, le contexte et le registre comptent davantage qu’une règle mécanique.
1. Tout pléonasme est une faute
C’est l’idée reçue la plus répandue, et la plus inexacte. Certains pléonasmes sont effectivement considérés comme des maladresses lorsqu’ils alourdissent une phrase sans apporter de nuance : « prévoir à l’avance », « collaborer ensemble » ou « descendre en bas » peuvent être simplifiés avec profit.
D’autres, en revanche, sont parfaitement légitimes. Dire « je l’ai vu, de mes propres yeux » ajoute une insistance expressive. La répétition n’est plus une distraction : elle attire l’attention sur la réalité du témoignage. Dans la littérature comme dans la conversation, cette intensité peut être recherchée.
2. Une répétition de sens est toujours inutile
La précision ne se mesure pas au nombre minimal de mots. Une expression redondante peut parfois lever une ambiguïté, confirmer une direction ou donner à la phrase une cadence naturelle. « Prévoir à l’avance » est souvent superflu, mais « prévoir les conséquences » ne signifie pas exactement la même chose que « voir les conséquences » : le choix du verbe reste déterminant.
Il faut donc se poser une question simple : le second terme apporte-t-il une information, une nuance ou un effet de rythme ? S’il ne fait que répéter le premier, la sobriété sera préférable. S’il précise le propos ou accompagne une émotion, il peut avoir sa place.
3. Les pléonasmes appartiennent seulement au langage familier
On en rencontre dans tous les registres, y compris dans les discours administratifs, journalistiques et universitaires. Les formulations « voire même », « au jour d’aujourd’hui » ou « totalement inédit » circulent dans des textes très sérieux. Leur fréquence ne les rend pas automatiquement élégantes, mais elle montre que le phénomène dépasse largement la conversation quotidienne.
La prudence est particulièrement recommandée dans un écrit professionnel. Une tournure dépouillée inspire souvent davantage confiance qu’une accumulation de mots. Remplacer « une solution totalement parfaite » par « une solution parfaite » suffit généralement. En revanche, dans un texte littéraire, une reprise savamment choisie peut produire un effet de solennité ou d’ironie.
Cette vigilance s’applique à tous les domaines où l’on décrit avec précision des objets, des matières ou des pratiques. Même un sujet consacré au Jaspe kambaba demande de distinguer les mots qui informent de ceux qui ne font que répéter une qualité déjà exprimée. L’élégance du propos naît alors d’un vocabulaire exact, non d’une accumulation décorative.
4. « Au jour d’aujourd’hui » est toujours incorrect
La formule est souvent citée comme le pléonasme absolu. Il est vrai qu’aujourd’hui contient historiquement l’idée de « ce jour », issue de l’ancien français au jour d’hui. Ajouter « au jour » revient donc à redoubler une notion déjà présente.
Dans l’usage contemporain, cependant, la question n’est pas seulement grammaticale : elle est stylistique. La locution est admise dans la langue courante, mais elle est lourde et rarement nécessaire. Dans un texte soigné, « aujourd’hui », « actuellement » ou « à présent » seront plus nets. On ne commet pas nécessairement une faute incompréhensible ; on choisit simplement une expression moins heureuse.
5. « Voire même » doit toujours être supprimé
Voilà une condamnation trop expéditive. Le verbe voir, dans « voire », ne signifie pas ici « regarder » : il s’agit d’un adverbe qui veut dire « et même », souvent pour introduire une possibilité plus forte. « Cette décision est surprenante, voire inquiétante » est donc une construction parfaitement correcte.
La difficulté vient de l’ajout de « même », puisque les deux mots se recouvrent. De nombreux grammairiens le jugent redondant, tandis que l’usage l’a largement installé. Dans une prose particulièrement surveillée, on préférera « voire » seul. Mais le présenter comme une faute impardonnable serait excessif : la langue vivante tolère parfois des renforts qui donnent plus de relief à la phrase.
Comment éviter les pléonasmes maladroits ?
Quelques réflexes suffisent pour améliorer son expression sans la rendre sèche :
- relire chaque phrase en demandant ce que chaque mot ajoute réellement ;
- remplacer les formules longues par un verbe précis lorsque c’est possible ;
- tenir compte du registre : une conversation n’obéit pas aux mêmes exigences qu’un rapport ;
- conserver les répétitions qui servent l’émotion, l’insistance ou le rythme ;
- lire de bons auteurs afin de développer une oreille sensible aux nuances.
La Rochefoucauld rappelait que « la véritable éloquence consiste à dire tout ce qu’il faut, et à ne dire que ce qu’il faut ». Cette maxime résume admirablement la question. La correction n’est pas une chasse aux mots en trop : elle est une recherche de proportion. Un style distingué sait être précis sans devenir raide, et expressif sans se perdre dans la surcharge.
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